Penser/Classer

Classer les métiers

Plusieurs référentiels métiers coexistent que nous présenterons et développerons plus largement dans d’autres articles. Citons la classification Pôle emploi qui analyse 14 familles de métiers, ou encore, la nomenclature Cigref des métiers du système d’information.

Mais pourquoi donc classifier les métiers ? Les motivations peuvent être multiples :

  • s’agit-il de donner des pistes aux chercheurs d’emploi ?
    Le Répertoire Opérationnel des métiers et des emplois (ROME) est ainsi présenté comme un outil au service de la mobilité professionnelle et du rapprochement entre offres et candidats. Il présente dans une arborescence thématique 532 fiches métiers / emploi dont chacun peut être décliné sous plusieurs appellations.
extrait classification Rome

Extrait de la classification ROME – Famille de métiers Arts et Façonnage d’ouvrages d’art – Domaine professionnel « Tissu et cuirs » – Métier « Réalisation d’articles de chapellerie », décliné suivant 6 appellations

  • d’aider les élèves et étudiants à s’orienter et à choisir les bonnes filières de formation ?
  • de classer les métiers par rapport aux compétences requises et aux formations disponibles ?
    L’ONISEP (Office National d’Information sur les enseignements et les professions) présente une liste de métiers par secteur, associée à une liste de formations et une liste d’établissements. Le classement est différent de celui de Pôle emploi mais on peut y retrouver des fiches métiers correspondant à des appellations identiques.

    Fiche métier modiste

    Fiche métier modiste – extrait du site de l’ONISEP

    Le site de l’Étudiant présente de même 526 fiches. Chaque métier fait l’objet d’une description indiquant les compétences et la formation nécessaires. On y retrouve par exemple le métier de modiste à propos duquel il est indiqué que « même si depuis quelques années, les chapeaux reviennent sur le devant de la scène, les débouchés restent limités dans cette profession. »

    Fiche modiste Etudiant

    Fiche modiste du site de l’Etudiant

  • de donner aux DRH un outil de cadrage des rémunérations ?
    Le CIGREF publie ainsi une nomenclature RH des métiers du système d’information. Cinquante métiers y sont présentés et décrits chacun dans une fiche très détaillée présentant le titre du métier et la mission, les activités et tâches nécessaires à la réalisation de la mission, les compétences, livrables, indicateurs de performance, parcours professionnel, tendances et facteurs d’évolution.

Hommage à Georges Perec

« Que me demande-t-on au juste ? Si je pense avant de classer ? Si je classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ? Comment je pense quand je veux classer ? (…) Tellement tentant de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique ; une loi universelle régirait l’ensemble des phénomènes : deux hémisphères, cinq continents, masculin et féminin, animal et végétal, singulier pluriel, droite gauche, quatre saisons, cinq sens, six voyelles, sept jours, douze mois, vingt-six lettres. Malheureusement ça ne marche pas, ça n’a même jamais commencé à marcher, ça ne marchera jamais. N’empêche que l’on continuera encore longtemps à catégoriser tel ou tel animal selon qu’il a un nombre impair de doigts ou des cornes creuses. »

Georges Perec – Extrait de Penser/Classer – Hachette, 1985

Penser/Classer 1Tout est dans ce magnifique texte de Georges Perec qui explique la vanité de tout essai de classification.

Et pourtant, le classement répond à un véritable besoin: mettre de l’ordre, s’y retrouver.

Les algorithmes d’apprentissage de l’intelligence artificielle permettent selon le cas de prédire une valeur (on parle de régression) ou de proposer une classification : l’image analysée représente-t-elle un chien ou un chat ?

La classification proposée est fournie à la machine dans les algorithmes d’apprentissage supervisé du machine learning (arbres de décision, forêt aléatoire, Naive Bayes…).  Les données d’apprentissage fournies sont dans ce cas pré-étiquetées. Les algorithmes plus sophistiqués du deep learning cherchent à établir des catégories ou groupes d’appartenance sans “idée préconçue” sur une classification préexistante. Ils s’appuient pour ce faire sur les données qui leur sont fournies en entrée, supposées intéressantes pour la classification. Pour revenir à Perec, si nous voulons classer les livres d’une bibliothèque, nous devrons fournir les caractéristiques diverses pouvant être prises en compte.

Manières de ranger les livres identifiées par Perec :

classement alphabétique
classement par continents ou par pays
classement par couleurs
classement par date d’acquisition
classement par date de parution
classement par formats
classement par genres
classement par grandes périodes littéraires
classement par langues
classement par priorités de lecture
classement par reliures
classement par séries

On pourrait rajouter à cette liste quelques informations  soupçonnées aussitôt de biaiser les résultats, sur le sexe de l’auteur, sa couleur de peau ou la couleur de ses yeux. Confier ce travail de classement à une intelligence artificielle non supervisée serait possible. Peut-être me proposerait-elle alors de ranger sur une même étagère les ouvrages d’auteurs finlandais aux yeux verts, ce que j’accepterais bien volontiers.

Quels critères de classement pour les métiers ?

Revenons aux métiers. Leurs listes fourmillent sur le Web et sont en constante évolution. Elles sont particulièrement utiles aux employeurs et aux étudiants à la recherche d’une orientation, puis d’un emploi. Les étiquettes, tout comme les diplômes, ont un effet rassurant. N’oublions toutefois pas que toute classification est arbitraire et qu’il faut savoir sortir des cases où une orientation trop précoce peut nous avoir jetés.

Nous vous proposons en conclusion une liste « à la Prévert » des critères potentiels de classement des métiers :

  • compétences requises ;
  • difficulté des études ;
  • évolutions de carrière potentielles ;
  • nombre d’emplois non satisfaits ;
  • lieu d’exercice du métier ;
  • casier judiciaire vierge ;
  • pénibilité ;
  • niveau de propreté ;
  • risques psychosociologiques ;
  • exposition à des substances cancérigènes ;
  • niveau de rémunération du débutant ;
  • niveau de rémunération d’une personne expérimentée ;
  • image véhiculée par le métier ;
  • importance des déplacements ;
  • exposition au froid ;
  • exposition à la chaleur ;
  • accessibilité aux handicapés moteurs ;
  • accessibilité aux mal-voyants ;
  • port d’un uniforme ;
  • poids maximum exigé ;
  • taille minimum exigée ;
  • importance de l’apparence physique.

Groupe de travail Métiers

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Présidente d'honneur d'ADELI
Membre du comité
Responsable du GT Métiers