COVID-19 – l’État entre « gestion de l’épidémie » et « gestion de l’économie »

Introduction

covid-19

Depuis le début de 2020, en France comme dans la plupart des pays du monde, sévit la pandémie du coronavirus, la « COVID-19 », longue et inédite, aux conséquences multiples sur la vie sociale et économique.

De mi-mars à mi-mai, la quasi-totalité de la population a été « confinée » à la maison. En juillet et août 2020, le coronavirus a continué à circuler en France. De plus, avec l’accroissement à l’été des tests de dépistage pour le grand public, ainsi que la liberté de déplacement retrouvée des Français et des touristes étrangers, on a constaté un relatif redémarrage du nombre des infections (entre 3 000 et 9 000 par jour début septembre).

Un exemple de simultanéité de redémarrage de la vie économique et de la reprise de l’épidémie est la situation du centre-ville de Marseille, fin août 2020. Malgré un afflux de visiteurs français et étrangers et la réouverture de lieux publics tels que cafés, restaurants, hôtels, comme partout ailleurs en France, on a constaté un port du masque de protection contre la COVID-19 insuffisant dans la population, ainsi qu’un fort taux de nouvelles infections.

Ceci a conduit le Préfet des Bouches-du-Rhône à prendre divers arrêtés : 1/ sanctions pour l’absence de port du masque, 2/ cessation, de 23 heures à 6 heures du matin, des activités des commerces cités plus haut. De nombreux responsables de ces Sociétés, ayant déjà subi des pertes d’exploitation conséquentes pendant les deux mois du confinement, ont publiquement déploré un nouveau manque à gagner.

Cet exemple illustre le type d’arbitrage auquel doivent faire face les autorités de l’État : comment concilier la prévention de la maladie et le déroulement des affaires, fondement de la vie sociale ?

Un autre aspect, cette fois plus rassurant sur le plan économique, de l’épidémie, sera évoqué dans cet article. Il s’agit de la banalisation des nouvelles technologies, en particulier appliquées au télétravail depuis le domicile, dans certaines conditions. L’activité des GAFAM pendant les premiers mois de la COVID sera aussi évoquée. Le système de l’enseignement scolaire en ligne, assez voisin sur le principe et également pratiqué pendant le confinement, ne sera pas traité ici.

Impact économique et social de la COVID-19

Outre un bilan sanitaire – toujours provisoire – lourd (au 18 septembre, selon le site officiel ministériel « Santé Publique France », chiffres arrondis à +/-1,5% :

430 000 Cas confirmés, 31 000 décès.

La France a enregistré une diminution historique de 13,8 % de son Produit Intérieur Brut (PIB) au deuxième trimestre. Pendant les 2 mois de confinement, fait sans précédent, la France a perdu 2 milliards d’euros de richesse nationale par jour.

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Déroulement des activités quotidiennes pendant le confinement

  • Dans le domaine de l’activité économique, le confinement a entraîné la fermeture temporaire des magasins et des entreprises « non essentiels pour la vie de la nation », ainsi que des lieux de sociabilité et de loisirs (bars, restaurants, cafés, cinémas, casinos).
  • De plus, les déplacements individuels et collectifs ont été réduits au strict minimum, d’où un manque à gagner de divers services (fourniture de carburant, transports publics…).
  • Les établissements d’enseignement (écoles, lycées et collèges, universités) sont restés fermés.

Un point positif : le numérique et le télétravail pendant le confinement

En raison de la présence des salariés d’entreprise à leur domicile, les échanges (de données et vocaux) avec l’extérieur ont bénéficié de la disponibilité d’outils qui n’étaient utilisés, dans la pratique, qu’occasionnellement et par des populations bien spécifiques.

Deux types de systèmes ont connu une multiplication d’usages certain :

  •  échanges multimédia appelés « Visio » sur mobiles privés  à l’aide des outils Duo (de Google), Zoom (entreprise américaine),  WhatsApp (du groupe Facebook), et plus généralement, poursuite de tous les échanges sur les réseaux sociaux ;
  •  échanges multimédia et données :  également Zoom, mais principalement Skype de Microsoft.

Pour ce dernier cas, le gouvernement a encouragé le développement du télétravail, afin que les entreprises fonctionnent et conservent des compétences.

  • D’une part, leur usage « courant » nécessite un apprentissage et une pratique ; d’autre part, des professions où la présence du salarié est indispensable (manuelles par exemple), ne peuvent en bénéficier. De fait, à ce jour, seuls 25 % des salariés, quasiment tous dans le secteur tertiaire et cadres pour la plupart, utilisent régulièrement le télétravail.
  • Le télétravail en entreprise est régi par l’article L-1222 du Code du Travail. Ce texte prévoit  des règles générales dans divers domaines :
    • mise à disposition ou pas de matériel adéquat
    • durée totale hebdomadaire ;
    • gestion administrative des « accidents du télétravail » ;
    • sécurité informatique des deux côtés du réseau (VPN, antivirus).

Les situations d’épidémies sont mentionnées comme cause incitative au télétravail pour les chefs d’entreprise.

Pour le personnel qui télé-travaille, il est évident que les relations interpersonnelles devenues virtuelles sont réduites ; certaines tâches, en particulier celles concernant le commercial, sont difficilement adaptables. Évidemment, il y a également, nécessité de réorganiser sa vie familiale.

Après le déconfinement, seuls les grands groupes ont déclaré vouloir poursuivre l’extension du télétravail. Parallèlement, les partenaires sociaux exigent du patronat des accords détaillés, en particulier par branche d’activité et vis-à-vis de la durée totale du travail. Une première « table ronde » se tiendra en Octobre.

Pour tout complément, on se reportera utilement à l’article de Martine Otter (lettre n°120) sur le télétravail. 

Les GAFAM pendant la crise du COVID au 1er semestre 2020

  • Vision d’ensemble
  • Les multinationales du WEB : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, ont pendant la phase aiguë de la COVID, évolué  économiquement dans diverses directions :’leur activité propre s’est souvent réorganisée : pas de fermeture à proprement parler d’unités, mais ralentissement du marketing et de l’innovation, annulations ou reports de salons technologiques, de la livraison au client des mises à jour des outils (Google) ;
    – les confinements dans la plupart des pays du monde ont entraîné une envolée de la demande des outils d’échanges et de télétravail d’une part (Google, Apple, Facebook), des achats personnels en ligne, avec le choix entre livraison et retrait magasin d’autre part (Amazon). Une exception cependant pour Apple, qui a vu une chute des ventes dans ses divers produits terminaux d’informatique et de télécommunications.
  •  L’apport des multinationales dans les applications de traçage mobile. À la fin du 1er semestre 2020, à peu près en même temps que plusieurs déconfinements nationaux, la plupart des pays européens ont adopté des applications de traçage distribuées sur les téléphones mobiles, permettant d’identifier, en vue d’un suivi médical, l’éventuel contact d’un utilisateur abonné avec une personne croisée ayant été infecté. Deux technologies fondées sur le protocole Bluetooth se partagent le marché européen : d’abord, une application StopCovid française, sous l’égide de l’Inria, de type propriétaire, chargée en provisoire et volontairement sur le mobile, et gratuite (mais qui a connu un échec relatif) ;  ensuite, des produits d’origine conjointe « Google + Apple », destinés à intégrer ultérieurement les systèmes d’exploitation Ios et Android, qui,  suivant leurs maîtres d’œuvre,  parviennent par leur architecture, à maîtriser les inévitables risques relatifs aux données de « vie privée ».
  • Des outils utiles « vertueux » proposés par Facebook : -Outre de nombreuses recommandations sanitaires à vocation pédagogique (toujours à lire avec l’esprit critique nécessaire…), les abonnés au réseau disposent d’un portail général orientant vers des services habilités en termes de statistiques, faits médicaux, gestes (internationaux, nationaux, Agences..) : OMS, Santé Publique France…
  • Un récent article d’ADELI  a fait état d’une augmentation sensible des fausses informations, théories complotistes, durant les 6 premiers mois de l’épidémie en France.Le réseau social donne aussi de bonnes pratiques pour reconnaître de fausses informations, en liaison avec de nombreux organismes ayant de l’expérience en la matière tels que l’Agence France-Presse.

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Préjudices subis et soutien de l’État après le confinement : industrie et tertiaire en général

Services publics 

À part les services nécessitant une urgence (alimentation, santé courante, sécurité), toutes les activités administratives ou publiques ont été réduites à néant pendant le confinement. Cependant, les fonctionnaires et assimilés ont conservé leur salaire.

Entreprises

On distingue plusieurs cas de figure dans les décisions prises par les entreprises et par l’État pendant le confinement :

  • soit, mais c’est une minorité de cas (par exemple, les caissières ou les caristes de supérettes d’alimentation), les salariés travaillent normalement dans leurs locaux) ;
  • soit (cf paragraphe précédent), l’entreprise autorise le télétravail, qui se fait dans le cas de la COVID-19, ordinairement à domicile. Le salarié touche intégralement son salaire, ses frais matériels pouvant faire l’objet d’indemnisation (forfaitaires ou aux frais réels) ;
  • soit les salariés restent à leur domicile sans télétravailler. Ils conservent leur emploi, et perçoivent au moins  70% de leur salaire brut (soit 84% du net, avec un reste à charge de 15% environ pour l’employeur). Ce dispositif, déjà utilisé, est appelé « chômage partiel ». Initialement prévu pour 2 mois, il a progressivement été prolongé pour divers secteurs parmi les plus sinistrés, jusqu’à fin octobre 2020. La France est en avance sur d’autres pays dans ce domaine. Pour le gouvernement, la résorption du dispositif sera effectuée au rythme des résultats managériaux en termes de reprise d’activité.

En outre, l’État, en liaison avec la Banque Publique d’Investissement, a octroyé environ 100 millions d’euros de prêts remboursables dans le temps en fonction de la situation future de chaque entité. En dernier lieu, divers allégements de charges (fiscales, sociales…) ont été décidés.

NB – Cette intervention de l’État-providence vis-à-vis de l’urgence sociale et économique est plus « massive » que celle exercée lors de la crise bancaire mondiale de 2008-2009.

Cas des grandes entreprises liées au transport

  • Renault
    • À la différence du constructeur français PSA, dont les résultats avant la COVID-19 étaient satisfaisants, Renault a subi de plein fouet la crise sanitaire en raison d’une situation de début d’année 2020 médiocre. L’entreprise enregistrait la plus forte perte nette de son histoire, s’élevant à 7,5 milliards d’euros, pour un chiffre d’affaires de 18,4 milliards. L’impact négatif de la COVID-19 a été estimé à 1,8 milliard d’euros.
    • Au plan social, la firme, malgré des négociations fréquentes avec les partenaires syndicaux, évoque des dizaines de milliers de suppressions d’emplois, voire de fermetures complètes d’usines.
    • L’État a multiplié, au début de l’été, les incitations à la vente de véhicules Renault : prime à la conversion  pour les particuliers (passage des voitures à carburants classiques aux voitures électriques ou hybrides) ; effort éventuel de relocalisation d’unités de fabrication en France ; examen de la politique environnementale globale. Grâce à des campagnes publicitaires nombreuses et ciblées (véhicules électriques ou hybrides) dans les médias  il semble que les ventes aient redémarré en début d’été ;
  • Air France
    • La compagnie (dont l’État français est actionnaire minoritaire) a affiché une baisse historique de ses vols : plus de 90% au 2e trimestre.
    • Avec l’accord de l’Union Européenne, le groupe Air France-KLM s’est engagé sur un plan de soutien de 10 millions d’euros, dont 7 milliards par l’État français. Là encore, ce dernier a exigé des contreparties en termes de rentabilité et de « performances environnementales ».
    • À noter qu’avant la COVID-19, le groupe Air France-KLM, faisait face à une concurrence débridée des compagnies « à bas coûts ». Il se caractérisait également par une lourdeur administrative, ainsi que des revendications nombreuses, en particulier sur les rémunérations.

Cas particuliers : tourisme, culture, spectacles, sport professionnel

Ces secteurs apparaissent aujourd’hui, comme les plus sinistrés par l’épidémie.

  • Tourisme

 Les dispositifs de chômage partiel et d’exonérations de charges ont été largement appliqués aux divers secteurs du tourisme (hôtellerie, restauration, visites de monuments, ventes de souvenirs, spectacle vivant…)

  • Culture, spectacles, secteur événementiel, sport professionnel
    • Le redémarrage des activités de spectacles culturels et sportifs (cinémas, « spectacle vivant », théâtre, danse, spectacles de rue, grands festivals, manifestations sportives, matches) a été extrêmement progressif, surtout en raison des consignes de précaution après le déconfinement du 11 mai 2020 (distances sociales, port du masque, préparation des lieux).
    • Pour des raisons sanitaires, l’État a créé la notion de « jauge », nombre maximal de spectateurs à une représentation, variable suivant l’importance de la représentation, le nombre et la contenance des lieux. Pour chaque spectacle, le niveau de la jauge est négocié entre les administrations et les responsables de spectacle ou de salles.
    • De grands événements nationaux et internationaux (Festival de Cannes, Tour de France, Jeux Olympiques de Tokyo…) ont été soit différés, soit décalés. Compte tenu du modèle économique du football fondé sur les droits de retransmission télévisuelle aux montants considérables, la gestion des clubs professionnels de football a été extrêmement affectée à l’aube de la saison 2020-2021.
    • Enfin, la Ministre de la Culture récemment nommée, Roselyne Bachelot, a annoncé un plan de mécanisme de compensation global pour le spectacle vivant d’environ 400 millions d’euros.

Situation de l’Union Européenne

  • Impact sur les richesses des pays de l’UE          

Outre-Rhin, le PIB a chuté de 9,7% au deuxième trimestre. 

L’industrie automobile allemande a été frappée de plein fouet par les effets mondiaux de la COVID-19 tout autour du globe. Le premier producteur mondial Volkswagen, a annoncé une baisse de 2% de son chiffre d’affaires et une perte opérationnelle de 800 millions d’euros.

  • Les « plans de relance » européen et français

Lors d’un Conseil Européen, les Chefs d’État et de Gouvernement ont décidé, compte tenu du caractère exceptionnel de la COVID-19, d’un plan d’aide d’environ 750 milliards d’euros, qui sera cofinancé par la Banque Centrale Européenne et la Commission. Dans ce plan d’aide, la partie française, entérinée par l’État début septembre, avoisine les 100 millions d’euros. C’est là une « grande première » européenne.

Il s’agit en substance, d’une « dette à long terme » des États, les modalités de remboursement restant circonstancielles. En effet, celles-ci dépendront de la pertinence des solutions de développement futures des États. En particulier, la pertinence des investissements sera examinée, aux plans de la transition écologique et du développement numérique.

Conclusion : un pays qui  « redémarre lentement »

La reprise des infections du coronavirus, mentionnée en introduction, fait qu’en fin d’été, la situation d’ensemble et celle de l’opinion, restent relativement instables et anxiogènes. La « ligne de crête » est ténue, car les deux domaines sont étroitement imbriqués, la confiance dans l’économie nécessitant une situation sanitaire des acteurs suffisamment stable pour envisager l’avenir.

Malgré des perspectives intéressantes telles que le télétravail, l’opinion publique reste défiante sur la gestion de la crise par l’État :

  • les discours sanitaires sont sans cesse évolutifs, quelquefois contradictoires, avec une décentralisation difficile des décisions nationales ;
  • les mesures économiques sont censées se réduire avec le temps ; le redémarrage des PME, TPE reste aléatoire malgré des prolongations fréquentes du dispositif de chômage partiel.

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Retraité
Ex expert en securité des SI à EDF
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